Wallonie Finances Déficit Dette

Dans notre essai "Wallonie et Bruxelles : le destin de la Belgique française", nous avons souligné combien la Wallonie et ses services publics, les Wallons et leur protection sociale, sont très dépendants des transferts financiers Nord/Sud, de l'argent public flamand. Dans un Etat national ordinaire, ce type de solidarité interrégionale est banal, comme c'est le cas en France. Dans un Etat belge profondément divisé par l'action incessante du mouvement nationalisme/séparatiste flamand, qui veut mettre fin à ces transferts, et qui a pu engager leur réduction progressive, notamment depuis la 6ème réforme constitutionnelle de 2011/2012, il s'agit là d'une situation d'une extrême dangerosité pour la Wallonie.

Pour étayer ce constat potentiellement dramatique sur la situation financière de la Wallonie, nous donnons ici l'analyse de Jules GAZON, professeur, organisateur de la journée sur l'Après-Belgique d'avril 2011, à Liège. On trouvera, en pièce jointe, son premier texte de 2011 sur ce sujet. Cette analyse a fait l'objet d'un second texte de 2015, également joint.

En outre, Alain Mouton, journaliste chez TrendsWallonie, a rendu compte, le 2 juin 2016, d'une intervention récente de Jules GAZON sur ce même thème. La voici ci-après.  Jacques LENAIN

« Une Wallonie autonome, c’est la Grèce de 2009 »

"Le jour où la Wallonie ne pourra plus compter sur la solidarité de la Flandre, ses dépenses publiques devront diminuer d’un quart, estime l’économiste de l’ULg Jules Gazon. Une Wallonie autonome ferait face à un déficit budgétaire aussi grand que celui de la Grèce en 2009.

Jules Gazon, professeur émérite en économie à l’Université de Liège, estime que les dépenses publiques wallonnes devront diminuer d’un quart si la Région ne peut plus compter sur la solidarité de la Flandre. Il a fait connaître ses chiffres la semaine dernière, lors d’un colloque à l’occasion du cinquantième anniversaire du Centre de coordination des organisations flamandes (Overlegcentrum van Vlaamse Verenigingen – OVV). Gazon était l’un des intervenants, aux côtés notamment du politologue Bart Maddens de la KU Leuven.

Outre le déficit public wallon, Gazon a ventilé le solde primaire fédéral – les recettes moins les dépenses sans les charges d’intérêt – régionalement. Cela revient à une sorte de régionalisation des comptes nationaux. Ensuite, il a divisé les intérêts de la dette publique entre la Flandre, la Wallonie et Bruxelles sur base du poids des Régions dans le PIB.

Sur base de cette clé de répartition, la Wallonie ferait face à un déficit budgétaire de 11,121 milliards d’euros, soit 12,37% du PIB. Gazon: « Une situation explosive. Le hasard veut que le déficit budgétaire d’une Wallonie indépendante serait comparable à celui de la Grèce au début de la crise de l’euro en 2009. Nous savons à quoi mène une telle chose: une hausse des intérêts sur la dette publique. Pour pouvoir rester dans la zone euro, la Wallonie devrait réaliser de vastes assainissements. »

« Du fait de la pression fiscale élevée déjà existante, des augmentations d’impôt seraient en réalité exclues », dit Gazon. « La seule solution serait une diminution drastique des dépenses publiques wallonnes. Une diminution de 25% s’imposerait. Cela signifie qu’on devrait lourdement élaguer dans les allocations et les salaires de la fonction publique. Dans un tel cas de figure, un climat quasi révolutionnaire naîtrait en Wallonie. Des allocations et des salaires plus bas pour le personnel de l’Etat affaibliraient la demande intérieure wallonne, ce qui rendrait une relance économique encore plus difficile. »

Immobilisme communautaire

Mais cela ne relève-t-il pas de l’utopie politique ? Le gouvernement fédéral opte pour un immobilisme communautaire. Il n’est plus question de scénario de scission. Si une nouvelle réforme de l’Etat arrivait, ce serait pour faire des pas dans la direction du confédéralisme. Cela conférerait une vaste autonomie aux Régions, mais il serait encore question d’une solidarité confédérale. Gazon n’est pas convaincu: « Une Belgique confédérale mettrait fin à la solidarité financière entre la Flandre et la Wallonie. Le Belgique deviendrait alors une enveloppe vide. »

Gazon voit l’éclatement du pays comme inévitable à terme. Dans l’intervalle, la Wallonie ne peut qu’essayer de réduire l’écart de richesse avec la Flandre. Selon Gazon, cet écart est beaucoup trop grand. Et il est une conséquence d’une politique économique wallonne néfaste.

L’économiste wallon a calculé que le PIB par habitant en Flandre est plus élevé de 37% par rapport à la Wallonie. La productivité flamande est 18% plus élevée et le taux d’activité de 16%.

Post-Belgique

Au cours de son exposé au colloque de l’OVV, Gazon a approfondi les scénarios possibles dans une perspective post-Belgique. Une Wallonie indépendante n’est selon lui pas viable économiquement parlant. Un scénario ‘wallo-bruxellois’, il le voit encore moins. Gazon : « Ils ne veulent rien savoir à Bruxelles. Et l’effort bruxellois pour aider à réduire le déficit budgétaire wallon serait insoutenable. »

Dans un scénario post-Belgique, Gazon ne voit qu’un seul avenir pour la Wallonie : le rattachement à la France. La seconde économie de la zone euro pourrait amortir le choc du rattachement de la Wallonie: « Le PIB français est après tout 24 fois plus grand que le wallon. [ Pour la France,]Le déficit budgétaire wallon et la dette publique wallonne seraient donc proportionnellement divisés en vingt quatre."

 
Ċ
Jac LENAIN,
29 juin 2016 à 10:03
Comments