Jacques LENAIN

Citoyen français, j’ai longtemps cru que la Belgique était une « petite sœur » de la France.

Certes, j’avais déjà connaissance de la distinction fondamentale entre Wallons et Flamands. Donc de la situation exceptionnelle de Bruxelles, de la querelle linguistique, et des affaires de Louvain et des Fourons. Et, tout en reconnaissant une certaine continuité historique à la réalité belge, je sais bien depuis longtemps que le Royaume de Belgique est une anomalie, une entité dont la création doit beaucoup aux puissances européennes historiquement hostiles à la France.

Pour autant, il y a une dizaine d’années encore, l’existence de la Belgique ne me paraissait pas menacée, et l’Etat belge me semblait être un allié naturel et traditionnel de la France, un atout pour le rayonnement français.

C’est la lecture, en 2002, de l’ouvrage de Paul-Henry Gendebien, « Le choix de la France », manifeste anti-belge, annonçant la fin prochaine du Royaume de Belgique, du fait de sa fragilité et de l’affirmation du nationalisme flamand, et prônant le rattachement à la France de sa partie de langue et de culture françaises, qui m’a permis d’ouvrir les yeux sur la réalité de la Belgique. Et d’abord sur ce double fait qu’il s’agit d’un Etat à direction flamande, de position anti-française, deux réalités soigneusement dissimulées aux Français par les élites belgicaines.

Ainsi interpellé, j’ai formé ma propre conviction, pour aboutir au même diagnostic que celui de P.-H. Gendebien et d’autres Belges, flamands comme belgo-français : la nation belge est morte, et l’Etat belge est condamné, car la nation flamande en pleine affirmation d’elle-même aboutira à la création de son propre Etat. Ce qui retarde ce double évènement - naissance de l’Etat flamand et mort de l’Etat belge - c’est Bruxelles, ville majoritairement de langue et de culture française enclavée en pays flamand. La disparition du Royaume, proche ou pas, engendrera la naissance d’un Etat-nation flamand, et posera du coup la question du sort de la Wallonie et de Bruxelles.

Comme P.-H. Gendebien, je considère que la Wallonie, et Bruxelles aussi, si les Wallons et les Bruxellois le souhaitent majoritairement, ont vocation à rejoindre la France, du fait d’une proximité très étroite de langue et de culture, étayée par la géographie et par l’histoire. Et aussi parce que c’est leur intérêt, puisque la viabilité d’un Etat-nation wallon n’est guère plausible, faute d’un sentiment national véritable et d’une capacité suffisante à l’autonomie financière d’un Etat propre, et encore moins celle d’un Etat Wallonie-Bruxelles, deux entités proches, certes, mais géographiquement séparées et socialement opposées.

Cette question belge concerne très directement la France, avec une portée toute importante. Et particulièrement favorable : un patriote français ne peut que se réjouir devant la perspective de voir son pays s’enrichir de trois millions et demi ou quatre millions et demi de nouveaux concitoyens, culturellement déjà pleinement assimilés et dont l’intégration politique et institutionnelle ne pourra être que facile et rapide. Aussi, je m’y suis intéressé de manière croissante.

Malheureusement, force m’a été de constater que cette réunion de la Wallonie à la France, avec Bruxelles, cette « grande idée », n’allait pas se concrétiser aisément. Parce que l’Etat belge a su construire, depuis deux siècles, un système d’allégeance au Royaume particulièrement efficace et une image de la France « affreusement jacobine » et « terriblement laïque » particulièrement repoussante. Si bien que cette idée est encore peu défendue en Belgique, et très mal défendue, car la plupart des rattachistes franco-belges, et P.-H. Gendebien précisément, par ignorance de l’évolution du cadre politique et institutionnel français, et par hostilité très excessive à l’héritage institutionnel belge, ont défendu jusqu’à présent un mode d’absorption de la Wallonie voire de Bruxelles par la France qui passerait par la disparition totale dudit héritage, en faisant ainsi fi de deux siècles de construction juridique belge et de trente ans d’autonomie régionale de la Wallonie et de Bruxelles. Et parce qu’ils n’ont pas su se créer un appui actif en France, où la question belge restait presque totalement ignorée il y a trois ans encore. Ils ne sont donc pas entendus. Milieux dirigeants et élites actives de Belgique "francophone" préfèrent la tutelle flamande, très pesante mais bien connue, à une assimilation française, trop crainte parce que mal comprise.

Il n’empêche que la crise belge s’est accélérée et approfondie, depuis 2007 précisément, après trente ans d’une illusion sur la permanence du Royaume entretenue par la transformation de l’Etat belge en Etat fédéral. La prolongation artificielle de cette continuité par une nouvelle réduction de l’Etat central pour satisfaire l’appétit national flamand dans l’attente du règlement du sort de Bruxelles, dernière et unique obstacle à la dissolution du Royaume, ne peut plus continuer à faire illusion. Il ne s’agit plus aujourd’hui que de préparer sa dénaturation et/ou sa fin. Il me parait que les « francophones » de Belgique doivent désormais choisir entre l’acceptation d’une tutelle colonisatrice flamande, de plus en plus envahissante, ou une forme de libération, celle en apparence illimitée mais très incertaine et dangereuse d’un Etat propre sans la Flandre, ou celle, suffisante et solide bien que limitée, que peut apporter une appartenance à la France, sous la condition que la République sache faire une offre séduisante, et convaincante une fois négociée.

Pour ma part, j’essaie donc de contribuer, tant côté français que côté belge, à promouvoir, au-delà du constat à faire partager que l’Etat belge est frappé d’un mal mortel qui peut l’emporter à tout moment, un modèle de réunion de la Wallonie et de Bruxelles à la France qui soit respectueux de leur identité et de leur autonomie, et qui garantissent aux populations wallonne et bruxelloise le maintien des services publics et des protections sociales dont ils bénéficient dans le présent cadre belge. Un modèle qui peut donc prendre appui sur le fait que la République française, République décentralisée comme l’affirme désormais sa Constitution, peut offrir à la Belgique française un statut particulier d’autonomie apte à permettre son intégration progressive et harmonieuse dans l’ensemble français.

 

Jacques LENAIN

On trouvera, ci-joint, mon C V.

ĉ
Jac LENAIN,
16 déc. 2010 à 08:27
Comments